BOLIVIE: Le gouvernement de Evo Morales abaisse l’âge du travail des enfants à 10 ans et défie l’OIT – Article de Morsolin

garcia linera y nats_julio2014

Sénateur Adolfo Mendoza: « Le travail infantile existe depuis longtemps en Bolivie, il est difficile de lutter contre cette réalité. Au lieu de sanctionner, nous devons protéger les droits des enfants et garantir leurs droits au travail. »

« Bien des enfants travaillent par nécessité. Eliminer le travail des enfants, garçons et filles, c’est comme éliminer qu’ils aient une conscience sociale », a dit le Président Evo Morales en décembre dernier, en appui aux mineurs travailleurs syndiqués qui manifestaient dans les rues pour éviter que l’Assemblée Législative ratifie l’âge de 14 ans comme âge minimum.

Le vice-président de la République Plurinationale de Bolivie, Alvaro García Linera, a promulgué le 17 juillet la nouvelle loi qui élargit les droits des (enfants) mineurs dans le pays. L’une des premières innovations de la réglementation est que le travail en Bolivie sera légalisé, de manière exceptionnelle, à partir de dix ans, du moment que le mineur travaille « pour son propre compte » et à partir de douze ans s’il travaille « pour le compte d’autrui ».

Selon García, il n’a pas été facile d’élaborer la norme du fait de l’existence d’un ensemble d’accords internationaux que l’Etat bolivien avait signés auparavant concernant les droits des enfants et adolescents. En fait il aurait été facile d’élaborer une loi qui, dans sa formulation, respecterait les engagements déterminés par les accords internationaux, mais elle n’aurait pas pu être respectée « parce que la réalité a d’autres caractéristiques et d’autres nécessités » qui sont maintenant reflétées dans cette loi, la Loi 548, résultat d’un travail ardu mené conjointement avec les organisations d’enfants, d’adolescents, la Fédération des jeunes handicapés, les institutions et membres de l’Assemblée.

Cette loi « ouvre une voie réaliste pour avancer dans le but de transformer la situation des enfants, garçons et filles, et des adolescents travailleurs de ce pays ».
« Nous avons maintenant une bonne loi qui protège les enfants, garçons et filles, et adolescents et qui les considère comme des sujets participant au respect de leurs droits.
Cette loi établit des obligations pour les municipalités et pour l’Etat qui doivent soutenir, protéger, garantir et veiller au respect des droits des mineurs. On a établi un ensemble de mécanismes préventifs pour garantir le bon traitement de chaque enfant qui est dans un centre éducatif. Il existe aussi un système pénal pour les adolescents qui commettent un délit: avant les jeunes étaient traités avec la même loi que les adultes.
Il existe des travaux auxquels il est interdit aux enfants de participer : la récolte de canne à sucre, qui exige trop de forces pour un enfant, la vente de boissons alcoolisées, le travail dans les mines, la fabrication de briques pour la construction… »

Le travail au sein de la famille est un travail formateur et n’est pas salarié. Le travail « por cuenta propia » (pour son propre compte), c’est par exemple le cireur de chaussures ou l’enfant qui accompagne sa mère pour vendre au marché, il est reconnu à partir de dix ans. Et le jeune qui travaille pour une autre famille ou pour un atelier, à partir de douze ans, sera salarié mais avec autorisation d’un des parents ou de son tuteur.
Dans ce cas, existe la protection des droits du travail, un salaire qui ne sera pas inférieur au salaire minimum, des horaires de travail qui n’excèdent pas six heures par jour, le respect d’un espace de deux heures par jour pour étudier, et la protection de la « Defensoria de la Niñez y Adolescencia ».

Par ailleurs, la « Ley 548, Código Niño, Niña y Adolescente », détermine un nouveau mécanisme d’adoption plus rapide, ( les démarches précédentes duraient cinq ans), avec un congé parental de deux mois pour la personne adoptante.

La réaction des mouvements d’enfants travailleurs : l’Assemblée Législative Plurinationale a donc introduit, dans le Code Enfance et Adolescence, des changements concernant l’âge minimum pour travailler dans des conditions dignes, dans l’optique de parvenir d’ici une dizaine d’années à la suppression de cette loi. Ces modifications interviennent à la suite des protestations réalisées par les enfants travailleurs en décembre dernier : ils réclamaient que la réglementation soit adaptée à la réalité bolivienne.

Durant l’acte de proclamation de cette loi, des enfants travailleurs faisant partie de l’UNATSBO (Union des Enfants Travailleurs de Bolivie) se sont exprimés :

Edwin Dávalos : « Nous sommes contents de la promulgation de cette loi parce que les autorités nous ont écoutés, et les membres de l’Assemblée ont vu nos réalités. Beaucoup d’entre nous doivent aider leur famille à vivre, d’autres sont orphelins, et si on nous empêchait de travailler à partir de dix ans, nous ne saurions pas quoi manger. C’est une réalité dont bien des organisations comme l’OIT ne sont pas conscientes.Comme nous voudrions qu’on puisse mettre en place des politiques pour que les enfants et adolescents cessent de travailler ! mais ceci est impossible. Beaucoup d’entre nous ne peuvent compter sur l’appui de personne et c’est pourquoi il nous faut travailler dans la rue pour subsister. La loi nous reconnait comme travailleurs, elle nous garantit de pouvoir étudier, travailler et gagner un salaire juste, et de ne pas être exploités. Parce que jusqu’à présent, certains nous faisaient travailler pour un peu de nourriture mais maintenant les autorités nous aideront à ce que notre travail soit régulé. Ces avantages nous les avons obtenus grâce aux luttes que nous avons menées et à notre Président, Evo Morales, qui a été comme nous, depuis l’enfance il a travaillé et étudié. Les autorités nous ont entendus et cela nous donne satisfaction. »

Cinthia Silvestre : (UNATSBO) « La nouvelle loi permet maintenant que les enfants mineurs ne gagnent pas moins que le salaire minimum établi dans le pays pour tout travail. Avant on nous payait moins que les adultes parce qu’on était des enfants… »

Rodrigo Medrano : à 15 ans, il a négocié avec les législateurs et même avec le Président de la République. Dès l’âge de 7 ans, il vendait des chewing-gums et des friandises, il reconnait que cette mobilisation a donné une meilleure visibilité à leur organisation : « Le Président nous a donné son « visto bueno » (son accord) parce que lui aussi a été un enfant travailleur, il vendait des glaces, gardait les lamas et aidait aux travaux agricoles. Et alors il y a eu plus d’intérêt de la part des sénateurs et des députés pour nous écouter… »

Dans la lutte quotidienne d’un million d’enfants et d’adolescents travailleurs de Bolivie, on rencontre la conscience sociale que mentionne le Président Morales, une stratégie puissante qui remet en question l’adultocentrisme occidental de l’Organisation Internationale du Travail…

(Article de Cristiano Morsolin – Publié par http://www.alainet.org – Extraits)

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